Grande conférence : Le printemps arabe 5 ans après, l’Égypte en tant qu’exemple

13 août 2016
Contre-révolution : une quête pour la démocratie qui se poursuit

C’est ce vendredi 12 août 2016 à la salle Marie Gérin-Lajoie de l’UQAM qu’a pris place la Grande conférence intitulée Le printemps arabe, 5 ans après. L’Égypte en tant qu’exemple. Le thème central était celui de la culture de la paix et la lutte pour la justice et la démilitarisation. La conférence fut organisée par Ehab Lotayef : membre fondateur et président de la Coalition Égyptienne Canadienne pour la Démocratie (CÉCD), membre fondateur de la flotte canadienne pour Gaza, défenseur des Droits de l’Homme, ingénieur et poète. Ses invités étaient Maha Azzam et Haroon Siddiqui. Lors de cette soirée, les conférenciers ont traité de la situation de L’Égypte depuis les trois dernières années, puis analysé la situation actuelle et discuté des solutions à court et long termes.

En guise de rappel, le printemps arabe a débuté en Tunisie soufflant un « vent de liberté » à travers le Moyen-Orient, notamment en Égypte, au Yémen, en Libye, en Syrie et au Bahreïn. Pour l’Égypte, ce nouveau souffle a donné beaucoup d’espoir à la population dans l’établissement d’un gouvernement démocratique représentatif. Après la chute du président, un président civil démocratiquement élu a pris place à la tête du gouvernement. C’était une première dans l’histoire politique de l’Égypte. Toutefois, un coup d’État a eu lieu le 3 juillet 2013, produit d’une alliance entre l’élite économique du pays et l’armée. Depuis ce jour, l’Égypte est gouverné par une dictature militaire se donnant de faux airs de démocratie sous le regard du reste du monde. En fait, le pays souffre « d’une importante crise financière, d’un mépris total des droits humains et d’un système judiciaire politisé ».

Maha Azzam : présidente du Conseil Révolutionnaire Égyptien (CRÉ), ancienne membre de l’Institut Royal des Affaires Internationales

Azzam dénonce l’abus de la force et la corruption qui gangrènent l’Égypte. Selon elle, c’est une honte qu’un pays puisse faire fi de la sorte des droits humains et des principes démocratiques. Les derniers rapports d’Amnistie Internationale et de Human Rights ne font d’ailleurs pas d’éloges sur l’état des droits humains dans le pays. Le gouvernement en place répond à un modèle fasciste, insufflant suspicion et division au sein de la population. Ses armes sont la force policière et la propagande par les médias. Toute opposition au régime militaire est combattue, sans égard aux lois et aux droits universellement reconnus. Un climat de peur règne, mais la dictature  échoue dans son objectif de stabilité et de sécurité. Une telle situation politique ne fait qu’engendrer une plus grande radicalisation et une montée de l’extrémisme au sein de la population.

Les Égyptiens devraient avoir l’opportunité, comme tout autre peuple, de mettre en place une vraie démocratie au service des citoyens. Par contre, une révolution ne s’installe pas du jour au lendemain, mais plutôt par vagues. Doucement, mais sûrement. La contre-révolution était donc prévisible dans un système n’ayant jamais connu de réelle démocratie. Ironiquement, le coup d’État devait faire partie de ce processus de démocratisation. En contrepartie, les pays démocratiques d’Occident devraient montrer l’exemple en cessant de supporter un tel régime politique. Seule la mobilisation citoyenne et internationale arrivera à bout de cette situation intenable pour le peuple égyptien. Les pays Occidentaux doivent cesser de réfléchir de manière dichotomique : intérêts économiques versus éthique et droits humains. L’un ne va pas sans l’autre, car la population égyptienne se souviendra de ceux qui ont cautionné cette dictature qui brime ses libertés fondamentales de se rassembler, de protester et de s’exprimer.

Haroon Siddiqui : éditorialiste émérite du Toronto Star, membre de l’Ordre du Canada et de l’Ontario, auteur du best-seller « L’Être musulman »

Siddiqui explique le manque de support de la part des grandes puissances démocratiques comme un reflet de leurs intérêts géopolitiques et économiques dans la région du Moyen-Orient. Dans l’histoire assez récente de la région, les interventions occidentales ont eu des impacts négatifs importants. Pourtant, l’Occident a toujours nié sa part de responsabilité dans les différents événements qui s’en suivirent : violences, génocides, guerres civiles, montée du fondamentalisme, arrivée au pouvoir de dictatures militaires et/ou religieuses. Selon Siddiqui, c’est en partie dû à la peur engendrée par l’existence des Frères musulmans. En effet, cette organisation apparaît comme une menace aux yeux de l’Occident, car elle serait en mesure de rallier à sa cause un très grand nombre de supporters. Les Frères musulmans dérangent le status quo formé par les monarchies et leurs alliés occidentaux.  On peut d’ailleurs faire le lien avec le ravitaillement en équipement militaire circulant de l’Occident au Moyen-Orient. Ils protègent ainsi leurs intérêts en assurant l’oppression de tout rassemblement ou manifestation indésirable. Enfin, Siddiqui appelle le monde à se tenir debout pour le respect des droits humains et démocratiques des Égyptiens. L’imaginaire occidental doit se laver de sa vision simpliste et islamophobe des conflits ayant actuellement lieu au Moyen-Orient.

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