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(Français) Un regard sur la transition…

30 julio 2017

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Par quel bout appréhender le concept de la transition ? Que veut-il dire et quelles sont les méthodes pour l’opérer qui sont à notre disposition ? Nous vous proposons ici un texte exploratoire rédigé par l’un des membre du Collectif pour alimenter les idées…

Lors de l’édition 2017 du festival Virage, Fabrique d’idées [1], Yves Marie Abraham, professeur au HEC et membre du collectif pour une décroissance conviviale [2], rappelait dans ses mots que ce concept ne doit pas occulter que la transition suggère un changement et que ce même changement doit être supporté par un projet politique, sans quoi le concept de transition risque d’être une coquille vide.

Pour plusieurs membres du Collectif pour la transition sociale mondiale, le concept de transition doit bien sûr être supporté par des projets politiques concrets, mais son « vide » apparent doit paradoxalement être vu comme une force. Expliquons-nous. À l’instar des volontés du processus du Forum social mondial de créer des espaces de rencontres générateurs de solutions et de résistances, le thème de la transition détient ce potentiel de faire rencontrer et fédérer les idées politiques concrètes de transformation sociale. En continuité avec les aspirations du collectif de facilitation du FSM 2016, l’un des défis sera de faire émerger les discours sur la transition et de les faire se confronter, se co-construire et faciliter leur coordination à la fois dans une perspective locale et internationale.

Sans contredit, la transition suppose des actions à mettre en branle pour modifier la tangente de la société. Elle suggère un processus et une immersion : « On ne pense pas d’abord,  pour agir ensuite. Dès la naissance, on est immergé dans l’action et c’est celle-ci qui requiert, pour être correctement orientée, d’être constamment réfléchie. » [3]

La transition n’est pas seulement un désir de se transformer vers une société  différente de celle qui nous habite présentement, c’est-à-dire consumériste, productiviste, extractiviste et génératrice d’inégalités sociales, économiques et politiques. Elle est aussi une réflexion ancrée dans la redéfinition d’éléments constitutifs de nos sociétés. Nous parlons ici par exemple d’une revisite du concept de propriété, de la gestion de nos ressources naturelles, de notre relation avec l’environnement, des notions qui sous-tendent la coopération et la compétition, de la distribution des richesses,  de la reddition de compte de nos représentant-e-s élu-e-s, de la démocratie directe, de l’approfondissement des questions d’équité et de justice, du rôle des médias, de la remise en question des rapports hommes-femmes, de la valorisation de la pluralité des identités sexuelles et culturelles, et bien d’autres sujets à aborder et approfondir. À plusieurs niveaux, le partage des visions sur ces nombreuses questions  complexes estencore à accomplir pour élaborer une compréhension plus complète et commune des enjeux. Pour reprendre la pensée de la militante pour les droits civiques Angela Davis, en élaborant des espaces qui permettent de sortir des traditionnels silos organisationnels,  « Les murs renversés deviennent des ponts ».

Comme pistes de réponse, nous pouvons penser aux idées élaborées par les grandes familles politiques que sont le socialisme, le communisme, l’anarchisme. Nous pouvons aussi penser à l’approche des communs tel que présenté par Dardot et Laval[4], au municipalisme libertaire de Murray Bookchin, aux approches des décroissants, aux principes de l’assemblée constituante, aux méthodes du Rojava du Nord au Kurdistan ou à la pluralité des organisations qui composent la nébuleuse des entreprises d’économie sociale et solidaire. Les horizons de la transition sont pluriels et multiples !

En somme, il semble que la transition est une volonté de liberté qui s’exprime par le besoin de sortir d’un « schéma de cause à effet »[5]. Ainsi, là où nous sommes condamnés à reproduire sans cesse les mêmes erreurs, la transition prend les atours d’une restructuration possible et envisageable de notre société. Elle fait prendre conscience que notre société et notre « économie  [sont] un château de cartes dont nous sommes nous-mêmes les cartes »[6].

Le Collectif pour la transition sociale mondiale se conçoit donc comme un projet qui vient ajouter une pierre à l’édifice de la transition. Les projets en chantier dans les prochains mois seront cruciaux dans l’inscription de notre action pour changer la société. Le compte rendu de l’assemblée de fondation du Collectif qui a eu lieu le vendredi 9 juin 2017 pourra vous informer à propos des  discussions qui ont eu lieu en rapport avec les 6 stratégies d’action pour promouvoir les solutions concrètes pour la transition, connecter les acteurs du changement social ici et ailleurs ainsi que stimuler l’engagement social pour la transition vers un monde juste, solidaire et écologique.

Nous vous laissons avec cette citation de Robert Owen, considéré comme un des pères fondateur du mouvement des coopératives au 19ème siècle, à propos changement :

« […] Chaque communauté peut être organisée […] de manière à faire non seulement disparaître du monde le vice et la pauvreté, et en grande partie la misère ; mais encore à placer chaque individu dans des circonstances où il jouira d’un bonheur plus stable que celui qui peut résulter des principes par lesquels la société a été régie jusqu’à ce jour »[7]

En souhaitant débattre avec vous de ces questions,

Solidairement,

Samuel Raymond, membre du CTSM

 

[1] Virage est un festival qui se déroule chaque année en juin à Sainte Rose du Nord au Saguenay Lac St-Jean. Il aborde durant 4 jours questions de la transition socio-écologique. Pour plus d’informations : http://festivalvirage.ca/

[2] Pour en apprendre plus à propos de la décroissance, voir l’enregistrement de la grande conférence sur ce sujet lors du Forum Social Mondial 2016 : https://www.youtube.com/watch?v=K7WANe44fEc&feature=youtu.be

Pour participer au collectif de la décroissance conviviale rejoignez leur groupe facebook :

https://www.facebook.com/groups/161167977583749/

[3] Citation du philosophe Alfred North Withehead dans : Alinsky, S. (1976) p.87

Alinsky, S. (1976), Manuel de l’animateur social. Une action directe non-violente. Paris, Seuil

[4]  Voir le livre Commun, essai sur la révolution au XXIème siècle de Pierre Dardot et Christian Laval disponible aux éditions La Découverte.

[5] Expression empruntée au philosophe allemand Emmanuel Kant énoncée dans la Métaphysique des Moeurs disponible au édition Flammarion.

[6] Expression empruntée au journaliste décroissant Pierre Thiesset.

[7] Owen, Robert (1819) p. 30   : Owen, Robert (1819). Institution pour améliorer le caractère moral du peuple. Grande-Bretagne

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