« La vie symbolique et la libération humaine une voie à explorer entre les Premières Nations et les autres ? »

Table ronde
10 Août 2016  9h00 - 11h30

Une table ronde
Première approche de la dimension symbolique de notre vie quotidienne
– Les choses les plus immédiates de la vie fournissent la matière d’un système symbolique qui les relie entre elles, avec nous et avec la source ultime d’un ensemble cosmique où les êtres et leurs relations trouvent tout leur sens. Pas besoin de chercher bien loin : pour ne prendre qu’un exemple, le pain est déjà un symbole d’une profonde portée depuis des millénaires, des cultures néolithiques aux grandes religions.
– Le symbole pourrait ainsi se définir comme une partie concrète, visible d’une réalité invisible, de telle sorte que cette partie s’ajuste parfaitement avec la totalité réelle et permet d’y avoir accès.

Le langage : faire accéder le sens à la parole
– Le symbole manifeste ce qui est caché ; il se présente comme une épiphanie ou une théophanie. Il fonctionne un peu de la même façon qu’un mot nomme telle ou telle chose et la rend ainsi présente à l’esprit pour tous les membres d’un groupe humain partageant le même langage.
– Le langage est venu aux premiers êtres humains sous forme poétique autour des feux pour rendre présents par le symbole les êtres et choses peuplant leur monde, en présence de la communauté à laquelle ce partage d’un monde commun donnait corps et sens.

La dimension sociale, communautaire
– Le symbole transcende l’horizon de la vie biologique, en faisant signe vers le cœur mystérieux de toutes choses, d’où elles viennent et où elles retournent.
– Dès son apparition, l’homo sapiens a symbolisé son monde, à même tout ce dont il dépendait pour sa vie, comme les animaux déjà dépeints de manière à la fois naturelle et stylisée dans les peintures rupestres.
– La vie symbolique est transmise, elle est relationnelle.
– Dans les univers symboliques traditionnels —tels ceux des Premières Nations mais aussi des grandes religions, la vie cosmique intègre celle de la communauté et vice versa.
– Étymologiquement, le mot « symbole », venant du grec « symbolos » pour « mettre ensemble »a pour contraire le mot « diable », venant du grec « diabolos » pour « briser, fracturer ». Cela suggère combien l’être-ensemble tient littéralement au symbole et que l’alternative, la rupture du lien social et symbolique, a quelque chose de diabolique, enfermant les êtres dans un affrontement irréconciliable entre eux et avec leur environnement, en rivalité et compétition continuelles et stériles. On comprend mieux ainsi quel rôle indispensable une compréhension et une appréciation de la vie symbolique pourraient bien jouer dans le retissage du lien social à l’intérieur des communautés humaines et à plus grande échelle entre elles, par exemple entre les Premières Nations et les sociétés façonnées par la modernité, qui pourtant plongent elles aussi leurs racines plus lointaines dans des univers symboliques non moins cohérents.

La vie symbolique est à la fois utilitaire et désintéressée
– L’esprit doit compléter le symbole pour le rendre efficace ; d’où la nécessité d’une transmission personnelle et transgénérationnelle, notamment par des rites de passage. Il s’ensuit que la tradition sans l’esprit devient caduque en se figeant dans un automatisme ou un conformisme qui peuvent devenir opprimants. C’est au nom de l’esprit qu’une protestation doit alors s’élever, mais celle-ci sera d’autant plus féconde qu’elle puise aux sources vives de la tradition qu’elle conteste afin de la raviver, quitte à emprunter à d’autres traditions vivantes des ressources pour redynamiser celle-ci. C’est ce dernier modèle que le dialogue entre les Premières Nations et les autres sociétés d’aujourd’hui pourrait bien être appelé à incarner.
– L’objet artisanal est plus cosmique que bien des œuvres d’art, non par une intention précise, mais en vertu d’une convergence culturelle qui l’inscrit dans le réseau de liens symboliques dont est tissée la communauté où il trouve sa fonction pratique en résonance avec des structures universelles.
– L’homme contemporain transforme en instrument tout ce qu’il touche, là où l’homme des sociétés traditionnelles transforme en symbole tout ce qu’il touche. Qu’ont-ils à se dire et à apprendre l’un de l’autre ? Leur dialogue est propre à mettre en lumière les points aveugles de leurs positions respectives afin de leur permettre de dépasser certaines impasses et même de cheminer ensemble par-delà celles-ci dans les voies non seulement d’une coexistence plus harmonieuse, mais d’une vie plus saine et riche de sens pour chacun.

Rapport aux religions
– Le mystique voit tous les éléments du visible sous l’angle symbolique, ce qui est pour lui voir la réalité telle qu’elle est. Il est le mieux placé pour contester l’arraisonnement du monde par la Technique (Heidegger), cette raison instrumentale qui est devenue pour les hommes d’aujourd’hui le principal mode d’appréhension de l’univers et de leur propre vie, avec quelque chose de « diabolique » qui se traduit aisément en exploitation et en aliénation. La redécouverte de la vie symbolique, notamment à l’exemple des Premières Nations, pourrait constituer un antidote à cette colonisation des esprits, irrésistiblement contagieuse. Elle permet aussi un autre regard sur l’évolution historique de l’Occident, permettant de repérer les points de bascule où le sens du symbole, dans sa portée universelle et englobante, s’est perdu aux temps modernes, afin de puiser de nouvelles forces à ses sources anciennes, à partir desquelles la perte graduelle du sens apparaît clairement. « Dans une église romane, on a l’impression d’être au centre du monde. Dans une église baroque, on a l’impression d’être en Europe. » —Frithjof Schuon
– La religion comme la spiritualité sont instrumentalisées aujourd’hui, au même titre que la santé et le bien-être, comme des ressources à exploiter pour un avantage matériel ou politique, individuel ou collectif. À l’opposé, la vie symbolique dont les sociétés traditionnelles offrent l’exemple cultive le sentiment que même les choses ont une âme (animisme universel) et méritent d’être abordées avec respect. La confrontation de ces deux attitudes peut s’avérer fructueuse pour arriver à un rapport sain et juste avec tous les êtres. Elle permet notamment de poser la question des
limites de notre corps individuel ou collectif, et de l’importance de les symboliser pour assumer les conflits.

Intervenants
Agusti Nicolau Coll, historien, géographe, libre explorateur de la tradition occidentale
Christian Roy, historien de l'art
Geneviève Collard Hervieux, intervenante sociale Innue
Karim Haroun, cinéaste
Jean-Noël André, animateur
Table ronde
10 Août 2016  9h00 - 11h30
Cégep du Vieux Montréal (Local 314)
255, Rue Ontario E
Montréal, QC, Canada
Langue(s) principale(s) de l’activité
Français
Publics cibles
Général, Jeunes (18 à 35 ans), Autochtones
Activité étendue sur internet
oui
Dernière modification
15 May 2016
« La vie symbolique et la libération humaine une voie à explorer entre les Premières Nations et les autres ? »
Organisation responsable de l'activité
Espace Art Nature
Administrateurs
Jean-Noël André
Organisation(s) qui co-anime(nt) l'activité
Espace Art Nature
FMTL Forum mondial théologie et libération
Comité autogéré
CommunautéS en cercle
Thème
Expressions culturelles, artistiques et philosophiques pour un autre monde possible
Objectifs
Informer / Sensibiliser
Développer des compétences / Former
Réseauter / rencontrer
Débattre / délibérer / discuter
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